Colloque : trois jours de réflexion sur le logement social

Samedi 11 février après-midi, s’est clôturé à Saint-Denis le colloque international autour des cent ans des offices d’HLM, de la Loi Bonnevay à nos jours, 1912-2012. Une séance de clôture, présidée par Jack RALITE, ancien ministre, en présence du collectif d'historiens à l’initiative de ces trois jours de colloque, de Thierry REPENTIN, Président de l’Union Sociale de l’Habitat, d’Alain CACHEUX, Président de la Fédération des offices publics de l’habitat et de Stéphane PEU, Président de Plaine Commune Habitat. Cette après-midi de clôture, ouverte au grand public, a été l’occasion d’interventions sur le devenir du logement social, à la lumière de son histoire européenne. Ci-après, un résumé des interventions de cette journée de clôture :

Jack RALITE remercie chaleureusement celles et ceux qui ont été à l'initiative de ce colloque, aux universitaires et auditeurs qui ont permis pendant vingt et une heures de faire du «commun-connaissance» sur ce parcours de « cent ans d’acharnement militant pour le logement, pour l’humain.» (...)

« Ce colloque a contribué à redonner du sens à la politique, au moment où l’on fait la guerre aux pauvres et non à la pauvreté.(...)

L’histoire de cent ans d’actions et de pensées pour le logement social font penser à cette remarque d’Hannah Arendt: “le sens d’une action n’est réelle que lorsque l’agir lui-même est devenu une histoire racontable”. Le colloque que nous clôturons et l’exposition qui l’accompagne montrent que nous avons de quoi fructifier notre pouvoir d’agir. (…)

Enfin, Jack RALITE clôture son intervention par plusieurs paroles de poètes, “nos meilleurs amis” » :

« Mal nommer les choses c’est ajouter au malheur du monde. » Albert Camus

« Laisser aller les choses, voilà la catastrophe. » Walter Benjamin

« L’histoire est une chose qu’on agit et pas une chose qu’on subit. » Pierre Boulez

« Quelque chose est due à l’être humain du fait qu’il est humain. » Paul Ricoeur.

 

 

Stéphane PEU rappelle la genèse des initiatives de « Toit et moi, cent ans de logement social » issue d’une « volonté partagée de transmettre de la mémoire et de l'intuition commune que la crise que nous vivons, à l'époque de la financiarisation à outrance, les HLM ont un rôle à jouer dans les réponses possibles à la crise. (…)

Souvent décriés, ne rentrant pas dans le moule ultralibéral, les HLM ont longtemps été sur la défensive, mais il semble que les choses changent. (…)

D’importants enjeux sont devant nous : répondre à la pénurie en contribuant massivement à la construction mais aussi eu proposant des logements à un coût accessible. Cette capacité productive à prix modéré, seuls les HLM l’ont. C’est pourquoi je suis convaincu que les HLM sont de plus en plus une idée neuve ».

 

 

Annie FOURCAULT et Danièle VOLDMAN, professeurs d’Histoire à Paris 1 Panthéon Sorbonne, membres du Centre d’Histoire Sociale du XXème siècle et co-organisatrices du colloque reviennent sur les objectifs assignés : faire débattre, poser des questions et trouver des réponses neuves. Des objectifs atteints pendant ces trois jours d’intenses réflexions et d’échanges à partir de communications de qualité. L’approche chronologique du colloque a fonctionné et la rencontre entre historiens et praticiens du logement social a souligné l’importance d’analyser le passé afin d’éclairer le présent et penser l’avenir. (…)

« Le logement social a eu une naissance longue. Il a fallu entre 40 et 50 ans entre le diagnostic de la situation du logement à la fin du XIXème siècle et la solution législative avec les lois Siegfried (1894) et la loi Bonnevay (1912) qui permit aux collectivités locales de créer les offices publics de l’habitat afin de construire des Habitations à Bon Marché (HBM.) (…)

L’histoire du logement social et de son développement accompagne celle du mal logement et il a été montré que la crise du logement traverse toutes les époques à l’exception d’une période de vingt années pendant les Trente glorieuses, période de plein emploi et de construction en masse de logements à loyers modérés. (…)

Ce colloque a ainsi démontré à plusieurs occasions le lien très fort entre emploi et logement, de l’époque des patrons paternalistes qui ont d’abord construit des logements pour s’assurer d’une main d’œuvre en meilleure santé à l’époque contemporaine de financement total de la rénovation urbaine par le 1% patronal. (…)

Ainsi, si pendant cette histoire centenaire de 1912 à 2012 nous retrouvons des problématiques semblables, le travail historique consiste à mettre derrière des mots des réalités socio économiques spécifiques. Les mal logés d’hier n’ont en effet pas le même profil que les mal logés d’aujourd’hui. »

 

Alain CACHEUX revient sur l’honneur qu’il a de participer à un colloque présidé par Jack Ralite et interroge l’avenir du mouvement HLM.

« Quand on observe l'histoire et les choix faits ailleurs en Europe on s'aperçoit qu’il y a le choix entre deux logiques : celle du libéralisme, voir de l’ultralibéralisme ou alors celle qui considère le logement non comme un produit banal mais un bien de première nécessité qui joue un rôle social primordial. Dans quelques semaines les français vont être invités à faire le choix entre ces deux logiques. (…)

Par ailleurs, il faut reconnaître que concernant le logement nous ne sommes pas dans la situation d’un marché où l’offre libre rencontrerait une demande libre pour déterminer son prix, mais dans un secteur où l’offre est fortement déterminée par les orientations de l’Etat donc il est hypocrite et inexacte de mettre le logement au même niveau que tout autre produit de consommation (...)

Au sein même du marché du logement, le logement social est un facteur d’équilibre pour preuve l’appel fait aux bailleurs publics pour racheter en 2008 des programmes immobiliers au bord de la faillite. (…)

Le secteur HLM doit donc refuser d’être cantonné au seul secteur des pauvres et des exclus. Bien entendu, on est là pour loger les familles les plus en difficultés, mais pas seulement pour cela : nous sommes là pour veiller à un équilibre de peuplement, en étant un filet de sécurité pour nos concitoyens mais aussi un opérateur public déterminant pour la qualité urbaine et résidentielle de nos villes. (…)

Je suis convaincu que les offices publics (qui représentent 275 organismes, 2,75 millions de logements, 4,5 millions de personnes logées) ont un avenir brillant devant eux. »

 

 

Thierry REPENTIN, Président de l’Union Sociale de l’Habitat conclut :

« Le logement est essentiel au pacte républicain et au vivre ensemble. Son coût, sa localisation, sa qualité, conditionnent les possibilités d’épanouissement personnel, familial et professionnel. Mais la crise économique et sociale a aggravé la situation des personnes qui aspirent à un logement. A titre d’exemple, 500 000 offres d’emplois auraient été déclinées en dix ans du fait d’un problème de logement, soulignait une étude réalisée par le CREDOC à la demande du MEDEF. (…)

Le monde HLM est menacé. Le modèle économique et social du logement social est mis à mal depuis quelques années avec la remise en cause de l’affectation prioritaire du livret A au logement social, la non réactualisation des règles d’accès ou de calcul de l’APL et surtout la baisse drastique des aides directes de l’Etat à l’effort de construction ou encore la réforme de la TVA faisant passer celle-ci de 5,5% à 7%. Le logement est de moins en moins considéré comme un produit de première nécessité. (…)

Si le modèle HLM français, fort d’une grande stabilité en Europe, fait encore face à ces altérations, cela ne pourra durer encore longtemps. Le temps long des politiques publiques doit reprendre le pas sur le court termisme ambiant qui mène la société française à la faillite. Il est nécessaire de fonder une politique ambitieuse de logement social. C’est le sens des dix propositions de l’Union qui ont été débattues lors des états généraux du logement réunis le 19 janvier 2012. Elles visent à développer vigoureusement le logement social, par un programme sur cinq ans et à appuyer cet effort de la collectivité sur trois axes : la maîtrise des coûts, l’optimisation de la dépense publique et la mobilisation des acteurs. (…)

Une offre de logement très sociale doit pouvoir être développée (3euros du m2) ainsi qu’une offre locative intermédiaire pour les classes moyennes et le logement des jeunes. Un deuxième acte du Plan National de Rénovation Urbaine devrait être lancé, accompagné d’un renforcement de la Politique de la ville et d’une action en faveur de la tranquillité et de la sécurité. (…)

Les principales marges de manœuvre viendront d’une réorientation des aides budgétaires et fiscales, fondée sur une proportionnalité stricte entre les aides et leurs contreparties en terme d’efficacité économique, sociale et environnementale. Les aides fiscales ne peuvent pas dépendre des seuls choix individuels. (…)

Le logement n’a jamais fait partie des priorités politiques des gouvernements de ce pays. Il est nécessaire que cela change. »