Le logement, une urgence sociale et politique

En marge de l’exposition sur le centenaire du logement social, le container de la Fondation Abbé Pierre, installé à Saint-Denis du 16 au 20 avril, alerte sur la situation actuelle de la crise du logement.

Le vent, la pluie… en ces jours d’avril, c’est un temps à ne pas mettre un chien dehors. Ce n’est malheureusement pas le cas de plus de 100 000 personnes sans domicile fixe qui vivent à la rue !  Cette terrible réalité, le container de la Fondation Abbé Pierre, installé sur la place du Caquet à Saint-Denis, le rappelle crument. Cette sorte de Meccano du mal-logement plonge le visiteur dans une ambiance glauque : le froid, le bruit, la promiscuité, le mal-être sont palpables. Divisé en trois espaces thématiques : les SDF dont l’espérance de vie n’est que de 47 ans, les taudis insalubres et dangereux où s’entassent des familles et enfin un logement étudiant type de 7m2 - la dimension d’une place de parking -  ce container rappelle la dure réalité du mal-logement en France. Une situation qui frappe quelque 3, 7 millions de personnes quand plus de 10 millions de Français souffrent, de près ou de loin, de la crise du logement.

Inauguré le 16 avril en présence de Didier Paillard, le maire de Saint-Denis, de Patrick Doutreligne, délégué général de la Fondation Abbé Pierre, Jack Ralite, président de l'association Toit&Moi et de nombreux élus de Plaine Commune, le container est ouvert au public jusqu’au vendredi 20 avril. « Cette implantation prend tout son sens dans le cadre de l’exposition Toit&Moi, 100 ans de logement social, explique Edwige Le Net, collaboratrice au cabinet de Stéphane Peu, Président de Plaine Commune Habitat. « Elle est une sorte de prolongement de toutes les batailles historiques menées pour éradiquer les taudis, réquisitionner les logements vides, construire des logements sociaux », complète Pavlina Novotny, chargée des événements à la Fondation Abbé Pierre. La jeune femme note le parallèle troublant entre les images d’archives des taudis de 1910 de l’exposition installée depuis février et jusqu’en mai 2012 à la Légion d’honneur et les photos « tristement  réelles et actuelles » qui montrent le quotidien des SDF ou d’une femme et enfant dans un logement insalubre au XXIe siècle. « On constate avec effarement que malheureusement la situation n’a pas tellement évolué ».

Mais, loin d’être défaitiste, la Fondation Abbé Pierre entend par l’implantation de ce container - aujourd’hui à Saint-Denis, demain à Rock en Seine ou à la Fête de l’Huma - mobiliser encore et toujours les citoyens sur cette question centrale de société. Et, en cette période électorale, les premiers à être sollicités ont été les candidats à l’élection présidentielle. L’objectif de la Fondation ? Leur faire signer la pétition qui exige « une mobilisation générale pour le logement », une priorité du prochain gouvernement. Parmi les prétendants à la magistrature suprême, François Hollande, Eva Joly, Jean-Luc Mélenchon, Philippe Poutou ont officiellement paraphé la pétition, s’engageant par un « contrat social » et moral à « produire suffisamment de logement accessibles, à réguler les marchés et à maîtriser le coût du logement, à intervenir massivement contre l’habitat indigne et les injustices, à construire une ville équitable et durable ». « Si l’un d’entre eux est élu, on ne va pas le lâcher », prévient d’une voix douce mais déterminée la militante associative.

Avec déjà plus de 160 000 signatures de citoyens sensibilisés à la crise du logement, la pétition de la Fondation Abbé Pierre se veut un signal d’alarme pour que le logement devienne enfin une priorité nationale. Et affirmer comme une évidence qu’un toit, c’est un droit.