« Tout le travail accompli et encore tant à faire »

Sans le savoir, Bachir Kaci est le 3000 ème visiteur de l’exposition 1912-2012, cent ans de logement social à Saint-Denis. Il a accepté de nous livrer ses impressions sur cette rétrospective mettant à l’honneur les 100 ans du logement social.

Mardi 20 mars. En ce début d’après midi, des adolescentes volubiles viennent de quitter l’exposition 1912-2012, cent ans de logement social. Elles laissent alors libre cours à la déambulation tranquille de Bachir Kaci. Il s’attarde avec intérêt sur les panneaux retraçant l’épopée du logement social, prend du recul pour mieux regarder les photos, s’amuse de la reconstitution d’une cuisine typique des années 70.
Autant le dire franco, c’est par hasard que Bachir se retrouve dans la belle salle de la Légion d’honneur à Saint-Denis. « Ma femme m’avait parlé de l’inauguration de l’exposition et de l’intérêt de sa visite et puis ça m’était sorti de la tête. Aujourd’hui, je devais rendre des CD à la médiathèque et j’attendais simplement qu’elle ouvre ! », avoue d’emblée cet homme élancé et élégant de 70 ans. Algérien, Bachir est arrivé à Saint-Denis dans les années 60. Militant politique et syndical, les HLM c’est toute la vie ou presque de cet ancien chaudronnier. « Un temps, avec ma femme nous avions acheté un petit appartement à Épinay et puis, pour se rapprocher de son travail et de sa famille, elle a souhaité revenir à Saint-Denis. En 1968 nous avons emménagé dans un F3 d’une cité HLM de Saint-Denis, depuis nous y sommes toujours ». Que de concordance alors entre ces panneaux et des pans entiers de la vie de Bachir.
À la manière de Georges Perec, le visiteur se souvient « des bidonvilles, de leurs toits en tôle ». Militant du Parti communiste algérien, il allait à la rencontre des jeunes Algériens qui vivaient alors dans des conditions déplorables. « Je me souviens de l’eau qu’il fallait chercher dans la rue, de la glace qu’il fallait casser l’hiver et la boue partout les jours de pluie ». Face aux textes de lois, aux photos, aux vidéos, les souvenirs de Bachir défilent aussi précisément que des images d’archives. Devant les clichés en noir et blanc, il parvient à reconnaître les rues et les immeubles de sa jeunesse. Epoustouflé par les cités-jardins d’Orgemont à Epinay et « tout le travail des architectes de l’époque ». Il découvre ce monsieur Bonnevay qui a impulsé le logement social et la signification du sigle HBM pour Habitation Bon Marché, les « ancêtres » des HLM.
Bachir rend aussi hommage aux choix politiques des villes populaires de Seine-Saint-Denis. « Il fallait avoir le courage de casser les immeubles des marchands de sommeil, de raser les bidonvilles et la volonté de reloger les populations dans des HLM confortables et décents ». Et le 3000ème visiteur de Toit & Moi de conclure, ravi de cette incursion dans les méandres du logement social et de sa propre histoire, « ici, chacun peut voir tout le travail accompli par nos villes et aussi tout ce qu’il faudrait encore faire pour les banlieues et l’accès au logement pour tous ». Un toit, des droits et une exposition qui fait réfléchir… pas de doute, 1912-2012, cent ans de logement social mérite le détour !